Comment ça va du 25 mai au 07 juin 2018

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1.  Suspension du tourisme dans le parc national des Virunga jusqu’en 2019

A la suite de l’enlèvement de deux touristes britanniques et du meurtre d’une garde parc dans la zone de Kibumba, le 14 mai dernier l’ICCN avait suspendu les activités touristiques dans le parc national des Virunga jusqu’au lundi 4 juin 2018. Estimant que la situation actuelle ne permettait pas jusqu’à présent de rouvrir le tourisme dans cette aire protégée, il vient de décider de maintenir la suspension jusqu’à ce que toutes les mesures soient mises en place pour assurer une sécurité complète aux touristes. Le vice-Premier ministre belge et ministre en charge des affaires étrangères, Didier Reynders, ainsi que celui de la Coopération au Développement Alexander De Croo, affirment regretter l’aggravation des conditions de sécurité qui entraîne la fermeture temporaire du parc national des Virunga dans l’est de la RDC. Les deux Vice-premiers ministres ont rappelé que depuis des années, la Coopération belge au développement est un bailleur actif qui soutient toute une série de projets dans et autour de ce parc national. La Belgique cofinance ainsi à concurrence de 3,5 millions d’euros un projet mis en œuvre par la Commission européenne, qui vise à améliorer la gestion des forêts en RDC. Le financement belge est affecté à la professionnalisation des gardiens du parc des Virunga. La Belgique soutient aussi la construction d’une centrale hydroélectrique à la frontière nord du parc qui doit contribuer au développement économique et social de la ville de Lubero. Dans un communiqué publié le mardi 05 juin 2018, ils espèrent qu’une solution sera rapidement trouvée pour améliorer la sécurité dans et autour du parc. C’est non seulement important pour le tourisme et les revenus qui en découlent, mais aussi pour la protection de la biodiversité unique du parc des Virunga, le développement de l’économie locale autour du parc et les conditions de vie des habitants de la région.

2.  Engagement de la MONUSCO pour la paix dans le territoire de Beni

A l’occasion de la commémoration du 70è anniversaire des casques bleus le 29 mai 2018, des dizaines de femmes, issues de différentes associations féminines de la ville de Beni, ont fait un sit-in devant la base Madiba de la MONUSCO se trouvant à Beni, pour exiger le retour de la paix dans la région. Dans le mémorandum qu’elles ont déposé aux responsables, elles sollicitent l’implication des casques bleus dans la recherche de la paix à Beni, région tristement célèbre pour les massacres qui y sont commis par les présumés rebelles ougandais ADF. Une femme, membre du mouvement “Rien sans la femme” qui a pris part à la marche, a même déclaré : « Nous voulons que les 15 ans qu’ils viennent de passer ici soient de la paix et non le contraire, sinon ils peuvent commencer à rentrer chez eux ». C’est dire à quel point les attentes de la population sont fortes face à la présence de celle qui est devenue la plus grosse mission d’observation, puis de stabilisation, de l’ONU à travers le monde.

Le même jour s’ouvrait à Oicha, chef-lieu du territoire de Beni, un dialogue social visant l'implication des autorités coutumières dans les efforts de paix et de sécurité pour la pacification et stabilisation de la zone de Beni. Après trois jours de travaux, ce dialogue qui a été organisé par la MONUSCO, les chefs coutumiers, leaders communautaires et responsables administratifs des groupements Bambuba-Kisiki, Batangi-Mbau, Banande Kainama et Baswagha Madiwe, ont affirmé, dans la déclaration finale, être déterminés à œuvrer pour la paix et la cohésion sociale, en renonçant à la violence. Ils s’engagent à renforcer leur collaboration avec les services de sécurité, l’administration et les Nations-unies unies dans la recherche de la paix, tout en décourageant toute initiative qui faciliterait l’activisme des groupes armés auteurs des massacres et autres crimes perpétrés dans le territoire et la ville de Beni. S’ils sont prêts à faire leur part, les autorités coutumières et administratives du secteur de Beni-Mbau recommandent au gouvernement de le déclarer zone sinistrée et également de prendre des mesures fortes de sécurisation afin de mettre un terme aux massacres dans la ville et le territoire de Beni. L’implication des populations locales, au-delà des acteurs externes, dans la recherche de la paix a toujours été souhaitée par la première partie parce qu’on ne peut pas imaginer trouver des solutions à leurs problèmes sans travailler avec eux. Toutefois, le défi d’accompagner ces populations sur le long terme demeure.

Les consultations sur la mise en place d’un programme national pour la consolidation de la paix en RDC ont vite fait ressortir le souci de voir les partenaires externes accompagner le processus de recherche de la paix sur plusieurs années. Ce n’est tout de même pas en quelques jours qu’on recouvrera une paix que certains n’ont jamais connu et qui engage aussi des facteurs et acteurs qui ne montent à la surface qu’en dernier ressort, après moult consultations.

3.  Kitshanga : Quand un kidnapping se mue en conflit intercommunautaire

Quatre personnes ont été enlevées le samedi 26 mai 2018 à Kitshanga, en territoire de Masisi. Leur disparition a poussé plusieurs centaines de personnes à la recherche des victimes dans la forêt de Kitobo pour essayer de faire baisser la tension dans la cité. Suspectant des miliciens Nyatura d’avoir organisé cette prise d’otage parce qu’ils auraient, selon la police locale, demandé aux familles de payer une rançon de 20 000 FC (12,5 USD) par otage, la population, en colère, a tenté de s’en prendre à la communauté Hutu qu’elle accuse de complicité avec les Nyatura. La police s’est interposée à temps pour calmer les ardeurs des uns et des autres mais cela n’a pas empêché le meurtre la nuit du 28 mai d’une femme, par des présumés combattants du groupe APCLS d’obédience Hunde. La victime serait la mère d’un combattant Nyatura, indexé comme responsable de l’enlèvement. Par peur des représailles, la population majoritairement Hunde a dû fuir le quartier le jour suivant. 

Le fonctionnaire délégué du gouverneur, qui a tenu un meeting dans la même journée de mardi, a appelé la population au calme. Quant à la MONUSCO, elle multiplie les patrouilles dans la cité pour rassurer les habitants. Les quatre personnes kidnappées le 26 mai, à la base de ces incidents, restent toujours introuvables.

4.  Quid de l’audit du fichier électoral

L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) estime que la commission électorale nationale indépendante a fait beaucoup d’efforts pour d’aboutir à un fichier inclusif dont le taux de couverture national dépasse les 90%. Concrètement, l’ensemble des électeurs potentiels soit un peu plus de 40 millions de personnes, ont été effectivement enrôlés sur tout le territoire congolais. Cependant, le rapport dénote quelques insuffisances qui rencontrent l’appréciation des experts de l’opposition ayant participé à l’audit du fichier électoral. Pour la secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo (MLC), Eve Bazaiba, seuls 77% de congolais ont été enrôlés en bonne et due forme conformément à la loi. Les 23% autres parmi lesquels 16,16%, qui constituent environ 6 600 000 électeurs, ont été enrôlés sans leurs empreintes digitales et 4,9% l’ont été sans la carte d’identité. D’autres personnes ont été enrôlées avec un ou deux doigts d’empreintes (d’où le risque de pouvoir voter plusieurs fois) et d’autres l’ont été sans avoir rempli des fiches d’identification.

Les membres de l’opposition demandent l’exclusion pure et simple de tout ce beau monde du fichier électoral final. L’OIF a recommandé à la CENI de poursuivre le nettoyage du fichier électoral en menant des investigations pour découvrir les motifs pour lesquels ces personnes ont été enrôlées sans empreintes digitales. Mais pour les experts de la Majorité Présidentielle et alliés, le manque d’empreintes digitales ne signifie pas forcément une tentative de tricherie. Du côté d’Ensemble pour le changement, la plateforme électorale de Moïse Katumbi, son vice-président Pierre Lumbi pense que c’est à Joseph Kabila, qui est au centre de la crise que traverse la RDC en ce moment, de déclarer publiquement qu’il ne se présentera pas pour briguer un troisième mandat, pour libérer le processus électoral. Autrement, le pays chemine droit vers un désordre absolu, très probablement planifié par la Majorité Présidentielle. L’on pourrait justement se demander à qui profiterait tout ce désordre dans le fichier électoral.

5.  Le gouvernement s’apprête à saisir le Parlement pour acter l’exclusion de la diaspora congolaise des élections de décembre 2018

Le 30 mai 2018, l’Assemblée nationale, la CENI, le CNSA et le gouvernement se sont penchés sur la proposition de loi du député Henry Thomas Lokondo portant modification de la loi électorale de 2015 qui voudrait élaguer de l’actuelle loi électorale, la disposition autorisant l’enrôlement des congolais de l’étranger et le vote de ceux-ci à l’élection présidentielle, à partir de leurs pays de résidence respectifs. Mais le ministre délégué chargé des congolais de l’étranger, Emmanuel Ilunga Ngoy a tenté de lever l’équivoque qui plane sur la participation de la diaspora congolaise aux prochaines élections : « Les élections auront bel et bien lieu mais hélas, je pense à mon humble avis que ça sera sans la participation des congolais de l’étranger. Ils sont dehors et il n’y aura pas de bureau de vote à l’extérieur. Ceux qui veulent voter peuvent revenir au pays prendre des cartes et venir voter à l’intérieur du pays. », a-t-il déclaré le 06 juin sur Radio France Internationale. Et si la diaspora congolaise est, en grande partie, hostile au pouvoir actuel de Kinshasa, il n’est donc pas étonnant que cet électorat soit mis de côté par une classe politique qui veut à tout prix rester au pouvoir. A défaut, ils estiment que l’enrôlement des congolais de l’étranger obligera la CENI de contourner sa propre date du 23 décembre 2018 en prenant donc le risque d’aller au-delà de l’année 2018. Encore que l’audit du fichier électoral a pris fin, pensera-t-on à en faire un autre dédié aux étrangers ? Le député Henry Thomas Lokondo considère que pour des raisons à la fois techniques, financières et administratives, il est impossible à la CENI de remplir cette mission à temps. Ce qui laisse deux alternatives : aller aux élections en décembre 2018 sans la diaspora ou alors enrôler la diaspora congolaise et aller au-delà de la date du 23 décembre 2018 avec Joseph Kabila. Ses détracteurs apprécieront.

6.La RDC et le Rwanda en guerre contre la corruption, à l’occasion de la journée africaine des frontières

Sous l’initiative du programme Frontières de l’Union africaine, des délégations de la République Démocratique du Congo et du Rwanda, composées de différentes autorités politico-administratives entre autres le vice-premier ministre et ministre congolais de l’intérieur Henry Mova Sakanyi, le ministre rwandais de la défense James Kabarebe, les deux gouverneurs des provinces du Nord Kivu (RDC) et de l’Ouest (Rwanda), différentes représentants de la société civile et des commerçants venant de part et d’autre de la frontière des deux pays, ont discuté du 06 au 07 juin 2018 autour des stratégies à mettre en place pour lutter contre la corruption à leurs postes frontaliers. Selon le chef du programme Frontières de l’Union africaine, il y a un besoin réel de sensibiliser les communautés autour de la frontière sur leurs droits et devoirs en matière de douane, de déclarations et autres parce qu’on a l’impression qu’ils ne les connaissent pas. Il a également été question de discuter sur les stratégies pour lutter contre la criminalité transfrontalière entre les villes de Goma et Gisenyi qui, selon le maire de la ville de Goma, peur être combattu grâce à une bonne collaboration.

Le programme régional pour la consolidation de la paix, à travers le GDP Goma – Rubavu et les partenaires Never Again Rwanda et Pole Institute, s’est déjà penché sur ces questions, en menant un plaidoyer sur « le kidnapping des enfants à Goma » qui s’est avéré transfrontalier puisque certains criminels se réfugient de l’autre côté de la frontière après leurs méfaits, et sur « les enjeux et défis rencontrés par ses usagers à la frontière » qui engagent aussi les deux pays qui partagent l’un des postes frontaliers les plus fréquentés au monde. C’est donc tout naturellement que le GDP Goma – Rubavu et Never Again Rwanda ont participé à ces assises, pour partager les expériences et fédérer les efforts des acteurs de la société civile qui ne peuvent pas se passer de l’implication des Etats et des usagers de cette frontière.

7.  Face à la coalition de l’Angola, du Rwanda et de la France, la RDC riposte

Le président français, Emmanuel Macron, a reçu tour à tour à Paris, les présidents rwandais Paul Kagame et angolais, João Lourenço. Ils ont échangé sur l’organisation des élections en RDC en décembre 2018 et ne soutiennent pas un éventuel troisième mandat pour Joseph Kabila. Kinshasa a réagi via son ministre de la Communication en mettant en garde tout complot contre son pays. Face à l’affirmation du président français de s’associer à la solution préconisée par l’Union Africaine - représentée par Paul Kagame, son président en exercice -  et l’Angola, M. Lambert Mende s’interroge : « De quelle solution s’agit-il ? » avant d’ajouter « Si la solution dont il est question fait partie des résolutions prises dans le cadre des organisations sous régionales comme la SADC et l’UA au sujet de la RDC, cela ne peut que nous flatter ». Mais à l’entendre, on le sent sur le pied de guerre : « les pays africains qui se hasarderont à servir de tête de pont ou de sous-traitants à des stratégies extérieures hostiles à la RDC élaborées ailleurs seront toujours payés en monnaie de singe, en plus de la résistance farouche du peuple congolais à laquelle ils devront s’attendre ». Le jour suivant, les ambassadeurs des trois pays concernés, France, Rwanda et Angola ont été convoqués par le ministre des Affaires étrangères à Kinshasa pour demander des éclaircissements. Pourtant, le président angolais estime qu’évoquer la situation de la RDC ne signifie pas comploter contre ce pays. Les Etats de la région ont reçu le mandat pour dialoguer sur le sujet puisqu’aucun d’entre eux ne veut voir l’insécurité en RDC, tenant compte des conséquences qui peuvent advenir dans toute la région des Grands Lacs, l’Afrique centrale, et même la région de la SADC. Cependant, João Lourenço a précisé que les questions personnelles du président Kabila n’ont pas été abordées au cours de leur rencontre, estimant que seuls les électeurs congolais pourront juger de qui devra lui succéder. Mais après Paris, c’est en Belgique que le président angolais était attendu pour une visite officielle du 3 au 5 juin pendant laquelle il rencontrera le roi Philippe, le Premier ministre Charles Michel et le vice-Premier ministre en charge des Affaires étrangères, Didier Reynders. Après lui, ce sera au président rwandais, Paul Kagame, d’y séjourner du 4 au 6 juin 2018, à l’occasion des Journées européennes du développement. Cette nouvelle invitation a le don d’agacer le régime de Kinshasa puisqu’on abordera encore une fois la question de l’avenir de la RDC sans l’associer.

Renversement des alliances

Mais si ce pays semble isolé sur la scène internationale, il a vite fait de sortir de sa manche un élément de taille pour essayer de peser sur la balance : Kinshasa a exhumé une convention militaire avec la Russie de presque vingt ans qui n’avait pas encore été mise en application. L'objectif, à terme, c'est une coopération économique et commerciale dans les secteurs des mines, des énergies et de l'agriculture mais un texte prévoit la livraison par la Russie d'armements, de matériels de guerre et autres équipements spécifiques, des missions de conseils ou encore la formation de spécialistes militaires dans les écoles russes. Face au bras de fer avec l'Occident, le pouvoir de Kinshasa se tourne donc vers l’autre camp et réveille un vieux dossier (il date de Laurent Désiré Kabila qui, en 1999, voulait riposter aux menaces occidentales ; mais à son arrivée au pouvoir, Joseph Kabila, soucieux de préserver ses relations avec le monde occidental, l’avait enterré) qui pourrait être sa dernière cartouche et sonne comme une mise en garde à tous ceux qui, selon Lambert Mende, auraient un plan pour déstabiliser le Congo : « Nous avons un peuple beaucoup plus aguerri, nous avons une armée beaucoup mieux équipée, beaucoup mieux préparée. ». Une guerre froide serait-elle en gestation ?

 

Goma, Raoul Banywesize,

Chercheur/ Pole Institute

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