Identité culturelle et complémentarité: Quid de l’égalité de Genre dans la région des Grands Lacs Africains!

  • 19 September 2016
  • admin
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Il y a quelques jours, j’ai participé à un débat entre étudiants de Maîtrise, qui après une séance du cours de « Genre et développement » s’interrogeaient sur la matérialisation de l’égalité de genre en Afrique et dans la région de Grands Lacs en particulier. Hommes et Femmes ont parlé de leurs réalités vécues autours des questions réelles sur l’applicabilité des théories de genre dans la vie conjugale dans un contexte locale encré dans la culture. C’étaient tous responsables de famille, des agents de développement ou éducateurs.

Il y a quelques jours, j’ai participé à un débat entre étudiants de Maîtrise, qui après une séance du cours de « Genre et développement » s’interrogeaient sur la matérialisation de l’égalité de genre en Afrique et dans la région de Grands Lacs en particulier. Hommes et Femmes ont parlé de leurs réalités vécues autours des questions réelles sur l’applicabilité des théories de genre dans la vie conjugale dans un contexte locale encré dans la culture. C’étaient tous responsables de famille, des agents de développement ou éducateurs.   

Au centre du débat, il y avait la cuisine, une tâche domestique culturellement dévolue aux femmes, selon une coutume bien intégrée et intériorisée par les deux parties aux discussions. Comment un homme peut-il faire la cuisine au nom de l’égalité de genre ?

La capacité des hommes à se prendre en charge mis en doute.

Il est facile d’enseigner aux autres ce qu’ils doivent faire, mais très difficile de l’appliquer soi-même ! Si ces maîtrisants soutiennent l’égalité de sexe, ils savent aussi qu’il faut mettre la main dans la pâte.

Quand le premier intervenant, un homme s’exclame, les échanges prennent l’allure des questions-réponses entre les hommes et les femmes :

H1 : « Quand j’étais encore célibataire je dormais sans manger parce que je ne peux pas faire la cuisine. Marié, comment puis-je le faire ? »

Provocatrice, une femme réplique.

F1 : « Les hommes qui cuisinent ? Ҫa, c’est un choix européen. Les africains doivent faire le leur ! »

Un autre homme interroge :

H2. « Et l’égalité de genre alors? »

F1: « C’est à nous, homme et femmes d’éduquer nos enfants en conséquence ! Les pères doivent apprendre à leur fils à faire les travaux ménagers au même titre que leurs sœurs! »

H1 : Haha ! C’est cela l’auto-prise en charge, n’est-ce pas !

H2 : Oui, alors cela ne commence pas par nous, mais par nos enfants ?

F2 : Oui ! Et ils les feront sans peines ! C’est l’éducation qui pose problème.

En toute évidence, si certains hommes préfèrent dormir sans manger ou choisissent d’aller manger au restaurant chaque jour, ce qu’ils ne peuvent pas faire la cuisine à la maison. A fortiori, en présence de leur conjointe qu’ils ont d’ailleurs épousée, en partie, pour ҫa.

Apparemment, la crainte des hommes au débat est apaisée. Ils peuvent rester à l’abri de la cuisine, sauf leur fils. Mais, une inquiétude en appelle une autre : ils veulent conserver leur pouvoir intact. Mais, comment le conserver avec la menace de femmes qui de plus en plus s’autonomisent ?   

Construction d’un nouveau modèle de vie ou déguisement du prototype traditionnel ?

Satisfaits, du moins en apparence, les hommes passent à la deuxième vitesse du débat:

H2 : « Qu’adviendra-t-il alors des femmes qui supplantent les hommes parce qu’elles rapportent de l’argent à la maison? »

F1 : « Ҫa c’est plutôt la peur. C’est un complexe que développent certains hommes qui ne veulent pas perdre leur pouvoir sur les femmes ! »

F2 : « Et que dire de hommes qui ne veulent pas faire la cuisine et se détournent aussi de leur devoir de pourvoyeurs ? Ces hommes qui attendent que les femmes vaquent aux occupations domestiques et jouent en même temps le rôle de pourvoyeuse ? »

H2 : Avec un visage qui trahi ses sentiments profonds d’impuissance face à cette question, réplique : « Le chômage en est la cause ».

Le débat s’arrête parce qu’il faut retourner au cours, mais moi je continue ma réflexion sur les discussions.

A cette réponse, je me remémore tout ce que j’entends du commun de mortel ou de certains hommes membres de groupes accompagnés par le programme genre de Pole Institute. La même réponse à cette question d’irresponsabilité: « Un homme n’est pas irresponsable, il est en difficulté, au chômage ». Je discerne la peur de se lancer dans une aventure de l’égalité au risque de perdre son pouvoir déjà grignoté par une partenaire qui comprend ou peut comprendre et revendiquer ses droits.

Je sens un refus de creuser pour comprendre ce qui se passe, du moins une peur de s’engager dans la recherche de la solution et d’agir sur soi pour changer la situation. Apres tout, personne ne peut refuser la facilité! On accuse alors l’éducation, la culture, l’autre, …

Regarder en face les vrais problèmes

Les mutations sociales suite aux contextes culturel, économique et politique en perpétuels changement exigent des hommes et des femmes une adaptation rapide et un changement personnel conséquent, au risque d’être dépassé, de tomber dans l’irresponsabilité ou dans la dépendance.  

En effet, les femmes étudient, travaillent pour améliorer leurs conditions de vie et ainsi, assurer leur autonomie. Celles qui y parviennent voient leur statut social changer et les bénéfices sont ressentis au niveau de la famille. Elles diminuent ou mettent fin à la dépendance qui les maintienne sous l’emprise du pouvoir masculin. Celles qui n’achèvent pas leurs études et même celles qui n’étudient pas peuvent faire un travail lucratif. Ce qui promet une indépendance de la femme au fil du temps. Pour illustrer cela, il suffit de regarder à côté de soi: le nombre de femmes qui font le petit commerce, même de la rues ; les nombres de femmes fonctionnaires dans le secteur public ou privé; les femmes qui voyagent,… Plus ces dernières émergent, plus le regard sur le quotidien change et une autre culture s’installe et s’impose. Les hommes en sont conscients. Ceux qui ne le sont pas encore devraient l’être et s’ajuster.  

 

Car, tout comme homme et femme sont pourvoyeurs, homme et femme trouveront une solution à cette question, même s’ils devront, tous le deux, aller à la cuisine, pour l’égalité de sexe!

L’avenir nous le dira !

 

Par Solange GASANGANIRWA

 

Goma, 12 septembre 2016.

 

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