Les jeunes universitaires de Goma réunis en atelier pour réfléchir sur l’avenir de l’enseignement supérieur en République du Congo

  • 19 May 2017
  • admin

L’Université alternative pour l’éducation à  la transformation sociale a organisé ce mercredi 3 mai 2017 une rencontre interuniversitaire des jeunes sur le thème : « Changer l’université en République Démocratique du Congo ». Il s’agissait d’un atelier de réflexion et d’échange sur l’état des institutions de l’enseignement supérieur et universitaire, dans la perspective d’en analyser les pathologies et d’en développer les forces aujourd’hui. En même temps, les jeunes devaient imaginer l’université congolaise du futur et en définir les enjeux politiques, économiques et culturels destinés à fertiliser la formation  de haut niveau pour construire une nouvelle société congolaise.

            Une soixantaine de jeunes venus de l’Université libre des pays des Grands Lacs (ULPGL), de l’Université catholique la Sapientia (UCS), de l’Univeristé de Goma (UNIGOM) et de  l’Université adventiste se sont retrouvés pour cet atelier éducatif àUtamaduni Center de Pole Institute de 9H-16H.

Voici les lignes de force de la formation qu’ils ont reçue, des échanges qui les ont unis et des horizons qu’ils ont ouverts pour les activités futures.

 

  1. Intervention du professeur Kä Mana, animateur du programme Université de Grandes Vacances à Pole Institute5 révolutions à retenir et redonner suivant l’ordre

 

La séance d’ouverture de l’atelier a été dominée par la conférence du professeur Kä Mana sur la grande révolution de l’imaginaire dont les universités devront être les leviers pour construire le nouvel homme dont le Congo a besoin. Cette grande révolution est portée par 5 leviers fondamentaux : la révolution des rationalités, La révolution des valeurs, Révolution du sens, Révolution de l’organisation, La révolution de l’action.

Ces expressions résument, en fait, ce que l’on doit attendre des université et des universitaires en RDC, pays que l’on connait en Afrique non seulement comme la nation qui contient le plus grand nombre d’université par kilomètre carré, mais surtout comme la terre du paradoxe qui rend ces universités incapables de former une élite en mesure de changer le Congo et l’Afrique.On est là devant l’expression d’une crise fondamentale de l’université dans sa vocation  même : celle d’assumer des responsabilitésvisiblesde lancer, de développer et de promouvoir les révolutions des rationalités, des valeurs, du sens, de l’organisation et de l’action. L’urgence aujourd’hui est d’engager l’université congolaise dans cette voie de la grande révolution de l’imaginaire.

 

  1.  Intervention de Maître Jerry Kakala, avocat de formation et analyste politique venu

 

Maître Kakala a entretenu les jeunes sur le thème suivant : L’engagement citoyen des jeunes, vecteur de l’émergence de la RDC : « Débout congolais », premier programme congolais. Cette interventiona été une leçon d’éducation civique sur les valeurs qui doivent être considérés comme la fondationéthique de l’être ensemble, du vivre ensemble, de l’agir ensemble et du rêver ensemble congolais. C’est dans le programme inhérent au contenu de l’hymne national « Debout congolais » que ces valeurs sont définies et proposées comme projet de citoyenneté nationale, base d’un processus démocratique assumé comme « un enchaînement d’actions planifiées pour aboutir à un état de souveraineté paisible, libre et digne. L’hymne n’est pas une exigence pour le futur, mais l’engagement de l’homme congolais dans la construction du Congo ici et maintenant. Les jeunes universitaire sont appelés à s’engager dans cette dynamique de construction nationale, dans des débats citoyens permanents où puissent s’exprimer toutes les formes d’expression de l’être congolais : les paroles, les actes, les pratiques sociales et les grandes espérances collectives.

 

  1. Intervention de Chantal FaiïaMulenga-Byuma, haut cadre du parti politique ADR

 

L’intervention de Madame Chantal FaidaMulengaByuma a porté sur l’engagement politique des jeunes.

Dans la mesure où la jeunesse représente le dynamisme et la vigueur d’être, l’esprit d’initiative et l’imagination inventive, c’est sur elle qu’une nation doit compter peut changer les choses, la force du présent. Dans un pays en crise globale comme la RDC, deux autres caractéristiques de la jeunesse sont essentielles : la résilience et la volonté de laisser une marque dans l’histoire et la mémoire des hommes.

Toutes ces caractéristiques sont à développer dans le champ politique pour changer le destin d’une nation, à travers des choix idéologiques dont les grandes orientations actuelles sont le capitalisme et le socialisme comme systèmes globaux d’organisation champ social.  Une fois le choix faits, on attend de jeunes qu’ils s’organisent pour entrer dans le débat public à travers l’adhésion à des partis politiques ou à des groupes de pression.

Madame FaïdaMulenga-Byuma a également insisté sur les talents dont l’homme politique doit être doté et que les jeunes doivent apprendre à maîtriser s’ils veulent réussir dans l’espace du combat public : le sens de la parole public et du débat autour de grands sujets de société. Cela implique des astuces suivantes :

  • Connaissance du sujet,
  • Faire des recherches sur le sujet, c’est-à-dire préparer son argumentaire au moins trois auteurs ou faits en tête,
  • Répéter, redire votre message phare (méthode débat face à face, débat sur la télé, radio et internet),
  • Message adapté au public, selon qu’on est dans tel ou tel autre milieu,
  • Avoir un temps équitable à tous,
  • Débattre dans la tolérance respect des idées contraires sans pour autant dérailler la ligne de ses arguments,
  • Garder le sang-froid.

Après ces considérations théoriques, la conférencière s’est penchée sur le problème concret de la participation des jeunes à la politique en RDC. A ses yeux,Il y a faible participation des jeunes aux débats politique. Cela est dû au fait qu’ils n’ont pas de partis politiques qu’ils manquent de ce fait même l’occasion d’être invités aux grands débats publics et d’imposer leurs idées et leur vison des réalités du pays. La nécessité,  c’est d’entrer dans l’espace politique, pour avoir l’étoffe et commencer à se faire inviter dans les medias.

La conférence s’est achevée par la projection deuxminividéos documentaires sur l’art de parler, sur l’invitation à consulter le site TED qui est un espace des experts qui pensent le monde, et sur les qualités éthiques de persévérance, de détermination et de la confiance en soi.

 

  1. Une autre intervention de Jerry Kakala sur l’Université et le plaidoyer

Pour sa deuxième intervention auprès des participants, Jerry Kikala a centré sa réflexion sur l’exigence du plaidoyer comme partie intégrante de la vocation des jeunes universitaires. C’est une dynamique qui doit être la vision politique de l’engagement à la transformation sociale, dans les liens à nouer avec les institutions de gouvernance et les acteurs de tous les secteurs de la société. D’où la nécessité de bien comprendre les principes et de maîtriser les techniques du plaidoyer, particulièrement les stratégies d’action non-violente, de pression respectueuse et de persuasion autour de grandes causes d’intérêt public. Avec ce bagage de connaissance, on mettra la science universitaire au service du changement social de manière fructueuse.

 

  1. Intervention : Eric Kambale Kwiraviwe, étudiant à l’université Alternative de Pole Institute.

La journée de réflexion des jeunes sur l’université n’avait pas seulement pour but de mettre ensemble les idées sur les changements à impulser dans le système d’enseignement supérieur en matière politique, économique et culturel au Congo. Elle visait surtout à lancer un espace interuniversitaire permanent pour des débats et des actions concertés entre les étudiants. Cet espace, c’est le CDI (comité de développement Interuniversitaire) dont l’animateur, Eric Kambale, a présenté la vision qu’il porte et l’a proposée à tous les participants. Il s’agit, fondamentalement, d’une dynamique globale qui puisse devenir :

  • un cadre de concertation pour les étudiants pour stimuler, en milieu des jeunes (universitaire et autres),  l’exercice de la pensée et de la réflexion permanente autour des défis de leur formation et problèmes au sein de la communauté.
  • un espace de recherche et de formation où les étudiants travailleront constamment sur une série des questions quant à leur formation et s’activerons à comprendre et faciliter la compréhension à la société des problèmes qui gangrènent celle-ci ;
  • une initiative humanitaire de la jeunesse universitaire qui vient responsabiliser cette jeunesse vis-à-vis des problèmes au sein de la société et promouvoir en milieu des jeunes la culture du service à la communauté.

 

  1. Débats à bâtons rompus

 

Toutes les interventions des animateurs de la journée du 3 mai ont été suivies par d’intenses débats entre les jeunes. Ces débats ont eu deux dimensions essentielles : une dimension critique sur l’état actuel de l’université congolaise et une dimension de propositions pour une autre université.

Dimension critique. Les jeunes ont insisté sur la discordance entre l’enseignement et les réalités sociales d’aujourd’hui, sur le caractère souvent obsolète des pédagogies utilisées par les enseignants et sur la démotivation des étudiants face aux horizons souvent bouchés après les études. A leurs yeux, il y a un manque manifeste d’une politique nationale d’emplois pour jeunes et aussi un  manque d’une formation à l’initiative et à la créativité capable d’inventer de nouvelles perspectives de travail par les jeunes eux-mêmes. 

Dimension de propositions. Face à ces manques, il y a urgence d’inventer l’université congolaise de demain : une université centrée sur la responsabilité d’autoformation de la jeunesse, sur  le pouvoir que les étudiants ont de se prendre en charge pour imaginer de nouveaux champs de création d’emplois et sur le devoir qu’ils ont de développer un véritable plaidoyer auprès des autorités académiques, de l’administration et de tout le corps enseignant pour l’émergence de la nouvelle université congolaise.

  1. Le CDI est lancé

Avec cette journée du 3 mai, les jeunes ont décidé de lancer effectivement et concrètement leur comité interuniversitaire et de le mettre en ordre de bataille pour une nouvelle université dans la ville de Goma, sur la base de tous les acquis éducatifs reçus au cours de la formation. Avec le lancement du CDI, on espère que toutes les universités de la ville de Goma sont désormais interconnectées pour permettre aux étudiants de réfléchir ensemble, de travailler ensemble, d’agir ensemble et de rêver ensemble pour être à la hauteur des défis du développement et de l’émergence du Congo dans le monde d’aujourd’hui.

  

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