Pour une politique de responsabilité citoyenne : contruire le Congo de toutes nos espérances

  • 12 January 2017
  • admin
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Ce 19 décembre 2016, le deuxième mandat du président de la République à la tête de l’Etat s’est achevé, mais Joseph Kabila reste au pouvoir jusqu’à l’élection de son successeur. Une période de dix ans se termine ainsi sans changement de profondeur, avec pour seule innovation un nouveau Premier Ministre et un nouveau gouvernement.

         Quelle analyse pouvons-nous sereinement faire du contexte du pays maintenant, surtout quand nous savons qu’aucune  grande lueur d’espérances ne se pointe à l’horizon  dans l’état actuel du débat entre politiciens congolais ?

         Avant tout, il faut prendre conscience de la fragilité de l’ordre politique actuel comme champ pour préparer l’avenir et de la faillite de toutes les élites qui s’agitent dans l’espace public national. Leur gestion de la nation a montré à quel point leur manquent le sens de l’Etat, le souci de l’intérêt général, le devoir de construire un espace d’un être-ensemble convivial et la capacité de donner à nos populations un futur et une destinée.

         Tous les débats dans lesquels la société congolaise s’est empêtrée ces dernières années ont été un révélateur de ce que vaut exactement la politique congolaise et ses animateurs : une foire d’empoigne sans orientation ni direction crédibles.

         Cette vérité, il est important de savoir maintenant ce que nous en faisons, nous Congolaises et Congolais. Nous pouvons la considérer comme une donnée de base pour penser et construire l’avenir sur d’autres bases que la foi dans la politique d’aujourd’hui. Nous pouvons aussi la prendre pour une rampe de lancement d’une vaste opération d’éducation citoyenne afin qu’émerge une nouvelle classe politique, une alternative fondée non seulement sur de nouvelles personnalités, mais sur de nouvelles institutions en lesquelles nous aurons foi. C’est un défi immense auquel le peuple congolais se trouve confronté : nous sommes renvoyés à nous-mêmes et à nos responsabilités pour construire une autre politique : la politique citoyenne. C’est-à-dire la politique de la confiance de chaque Congolais dans la capacité qu’il a de changer le pays là où il a effectivement le pouvoir de changer réellement les choses.

         La question politique centrale devient celle de savoir exactement quel pouvoir chaque Congolais a  concrètement d’agir pour le changement là où il est, dans sa parcelle d’influence et d’action, dans ses capacités de faire advenir un autre Congo possible.

         Une telle conscience conduirait à créer de nouvelles instances de transformation sociale, à partir des réseaux et des espaces de liens entre ceux qui ont décidé de changer les choses et qui peuvent, s’ils sont ensemble, le faire avec conviction et détermination, dans des actions communautaires fertiles et riches de nouvelles espérances.

         On changerait ainsi de centre de gravité dans la vision de la politique et de ses sphères d’engagement : on oublierait vite tous les acteurs de l’ordre de gouvernance actuellement défaillant, dont l’idée de la politique est complètement alimentaire et totalement centrée sur des égoïsmes qui défendent leurs intérêts par la violence, la terreur et la cruauté. On peut même espérer que ces acteurs changeraient eux-mêmes leur vision politique du Congo sous l’influence de tous ceux qui, prenant leurs responsabilités à l’échelle individuelle ou communautaire, ouvriraient un autre horizon de construction de l’avenir.

         En plus, le temps est venu de comprendre que l’engagement citoyen pour une politique du changement de la société là où chacun de nous a le pouvoir de la changer exige des valeurs qu’il faut mettre au cœur de la vie communautaire ici et maintenant en République Démocratique du Congo:

  • Les valeurs de rationalité forte, c’est-à-dire d’usage de la raison dans tous les champs de la vie social pour voir où sont les intérêts vitaux du Congo et comment les défendre dans les espaces de la vie individuelle et locale, dans la concentration des actions sur les terroirs vitaux que les citoyens conscients de leurs problèmes se décideraient de changer profondément et positivement.
  • Les valeurs de l’éthique communautaire où se lancent des initiatives collectives de changement, à partir d’une solidarité généreuse et de la détermination à faire de l’être-ensemble le cœur d’une politique citoyenne.
  • Les valeurs de l’engagement spirituel pour la foi dans un ordre de transcendance qui permette aux citoyens de poser au-dessus d’eux des intérêts communautaires et des idéaux fondamentaux comme sens de la nation et puissance des normes communautaires partagées.

         Ces valeurs refusent l’ordre de la destruction et de la violence et construisent face à la sphère politique qui a régné au Cogo jusqu’ici un rempart de visions et d’actions qui désarment tous ceux dont la politique se fonde sur la spoliation de la nation et la terreur sur les consciences.

         Enfin, il faut savoir qu’une autre politique est possible au Congo et qu’elle n’est pas celle qui se fait aujourd’hui par les acteurs d’en haut. Elle est dans la conscience des populations qui veulent un autre Congo. Elle est dans les rêves et les utopies que des Congolais décidés de construire l’avenir de la nation appellent à développer partout dans notre pays, avec de nouvelles capacités d’organisation citoyenne et d’inventivité communautaire.

         Selon les exigences de cette vision de la politique, le pays ne se change pas d’en haut, par décret ou par diktat. Il est changé grâce aux forces d’en bas qui sont fertilisées par des idées puissantes et des initiatives fertiles pour transformer les logiques d’existence, les modes de pensée et les conditions de vie. C’est de ces forces-là que le Congo a besoin et c’est à partir d’elles que s’effondrera toute mauvaise politique d’en haut, par inanition de la foi que les citoyens ont en elle.

         De toutes les considérations qui précèdent, il est bon de conclure qu’au moment où le pays se débat dans des négociations politiques sans fin et dans d’interminables manœuvres politico-politiciennes sans grand enjeu sur l’existence concrète des populations congolaises, il est impératif que tous ceux qui croient en l’avenir de notre nation mobilisent les énergies de l’éducation de notre peuple à la responsabilité de chaque Congolais. Cette responsabilité concerne le  pouvoir de changer le Congo là où on est, en communion, en connexion, en synergie avec d’autres citoyens dont les forces d’action sont tournées vers un autre destin pour notre nation.

         Ce qui compte maintenant, c’est l’énergétique de nos espoirs et la vitalité de nos espérances pour que de telles forces prennent corps et s’engagent sur la voie d’une autre politique.

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